Introduction
Cette édition (qui annule et
remplace l'édition de 1991 du manuel DGA/AQ/902) apporte les compléments
rendus nécessaires par les évolutions technologiques (notamment en ce qui
concerne l'assurance de la qualité et l'assurance du management), le
graphisme des schémas a été amélioré et un lexique plus complet est proposé
en annexe avec traductions anglaises.
Ce livre reste en cohérence parfaite avec la Recommandation Générale (RG 40)
pour la Spécification de Management de Programme 000 40 du Bureau de
Normalisation de l'Aéronautique et de l'Espace (BNAE). Ces deux documents se
complètent, celui-ci étant plutôt à caractère didactique, l'autre étant plus
normatif et réglementaire.
0.1. UN PROGRAMME, POUR QUOI
FAIRE ?
Un programme part d'une décision de satisfaire un besoin perçu. Le programme
sert à transformer ce besoin perçu en produit ou service apte à satisfaire
ce besoin. En fonction du degré de complexité de cette transformation on
parle de processus (faible complexité) ou de programme (forte complexité).
Lorsque le besoin est relatif à la fourniture d'un service, le programme
porte à la fois sur la mise en œuvre du processus d'exploitation qui
fournira ce service et sur l'acquisition des matériels/logiciels nécessaires
pour la mise en œuvre et le soutien de ce processus d'exploitation
(programme global).
Lorsque le besoin est relatif à la fourniture à un utilisateur d'un produit
nécessaire à la mise en œuvre sous sa responsabilité d'un processus
d'utilisation, le programme se limite alors à la réalisation de ce produit
(matériels et/ou logiciels) (programme d'acquisition).
Lorsque le besoin est relatif à une partie du processus de réalisation d'un
produit, le programme se limite à cette partie : par exemple, un programme
destiné à fournir la définition d'un produit et à préparer le démarrage du
processus de production (programme de développement et d'industrialisation).
En fonction de la nature du besoin, on peut définir d'autres types de
programme.
Le présent ouvrage est orienté plus particulièrement sur les programmes
d'acquisition qui correspondent à une pratique courante dans plusieurs
secteurs industriels comme la défense (programmes d'armement fournissant aux
"utilisateurs" militaires des matériels à intégrer dans leurs processus
opérationnels), l'espace (fourniture de lanceur, satellites et centres
d'exploitation à des opérateurs), l'aéronautique, les transports, le
bâtiment, le nucléaire, etc.
Le produit qui est fourni dans le cadre d'un programme d'acquisition est
souvent complexe : il est alors appelé système. Un programme d'acquisition
sert donc à transformer un besoin en un système.
La planche 0.A illustre la finalité d'un programme d'acquisition.
0.2. MANAGEMENT D'ENTREPRISE ET
MANAGEMENT DE PROGRAMME
Un axe de progrès essentiel pour les entreprises , aujourd'hui, est
d'améliorer la qualité. Ceci suppose la mise en œuvre d'une politique
tendant à la mobilisation permanente de tous les membres de l'entreprise
pour améliorer la qualité des produits et services. Le but de cette
politique est de satisfaire au moindre coût les besoins des utilisateurs et
de fidéliser les clients de l'entreprise dans le cadre d'un développement
harmonieux de l'entreprise et de ses membres et du maintien d'une
rentabilité satisfaisante, nécessaire pour assurer ce développement. Pour
parvenir à ces objectifs il est nécessaire d'améliorer au sein de
l'entreprise le fonctionnement des divers processus concourant à la
fourniture des produits et services précités. Il existe aujourd'hui de
nombreux ouvrages traitant des méthodes de management de l'entreprise aidant
à la mise en œuvre de telles politiques souvent qualifiées de "Qualité
Totale".
La réalisation de produits complexes nécessite la coopération de plusieurs
entreprises (organismes étatiques et industriels) partageant un même
objectif de qualité : fournir un produit satisfaisant les besoins de
l'utilisateur final, au moindre coût et dans les délais prescrits. Pour
parvenir à l'objectif visé, il ne suffit pas, bien que cela soit nécessaire,
que chaque entreprise ait atteint un bon niveau de qualité. Il faut
également que les tâches des diverses entreprises soient suffisamment
coordonnées entre elles pour obtenir la qualité du produit final. L'ensemble
des tâches concourant à la fourniture du produit final entre dans un
processus complexe appelé programme ou projet et leur coordination fait
l'objet des tâches de management de programme . La qualité dans un programme
est assurée par la mise en œuvre d'un management de programme adéquat. Le
présent ouvrage porte sur les méthodes aidant à la mise en œuvre de ce
management de programme.
Les méthodes de management de programme peuvent s'appliquer également au
niveau d'une entreprise avec la mise place d'une structure matricielle
permettant à la fois de manager les ressources de l'entreprise et de manager
les parties de programmes confiées à l'entreprise. Ce type de management
d'entreprise est souvent appelé management par projets.
La planche 0.B ci-contre illustre la distinction entre les concepts de
management d'entreprise et de management de programme.
0.3. OBJET DU PRÉSENT OUVRAGE
Les équipes chargées des tâches de management de programme dans les
organismes étatiques (directions de programme et équipes support), et dans
les entreprises industrielles (directions de projet et équipes support),
disposent aujourd'hui de documents à caractère normatif destinés à les aider
à organiser leurs tâches de management de programme. Ces documents portent
en général sur des domaines limités, indépendants les uns des autres. De
plus, ils nécessitent dans leur application des adaptations aux spécificités
de chaque programme. Ceci revient à dire que malgré l'existence de ces
documents, il reste un travail important de synthèse et d'adaptation à faire
au niveau des équipes de direction de programme ou de projet pour prendre
les dispositions judicieuses d'organisation de leurs tâches de management de
programme. La planche 0.C ci-contre illustre le caractère limité et autonome
des divers domaines où il existe des documents normatifs.
Le manque de normes nationales ou internationales, reconnues par une large
communauté d'acteurs étatiques et industriels, conduit à une certaine
confusion dans les terminologies utilisées par chacun. C'est ainsi qu'un
même concept peut être couvert par plusieurs termes, ou, ce qui est plus
gênant, un même terme peut recouvrir plusieurs concepts : par exemple
l'"organigramme technique" signifie pour certains "arborescence produit" et
pour d'autres "organigramme des tâches". Il est nécessaire au démarrage d'un
programme de maîtriser cette difficulté et pour cela de définir un langage
commun entre les divers acteurs du réseau clients-fournisseurs afin d'éviter
les incompréhensions entre ces acteurs avec leurs conséquences sur
l'efficacité du management.
Le présent ouvrage a deux objets :
– d'abord aider les divers responsables de programme ou de projet à acquérir
une vision synthétique et claire de l'ensemble des méthodes de management de
programme à leur disposition aujourd'hui,
– ensuite aider l'ensemble des divers responsables impliqués dans la
réalisation d'un programme donné (maître d'ouvrage, maîtres d'œuvre et
autres acteurs du réseau clients-fournisseurs) à trouver le plus rapidement
possible un consensus, au démarrage du programme, sur les concepts et
terminologie à utiliser pour le management de ce programme.
Le caractère très général de cet ouvrage ne permet pas de le citer, dans des
documents contractuels, comme document applicable.
0.4. PRÉSENTATION DE L'OUVRAGE
Les méthodes de management de programme présentées dans cet ouvrage sont
celles préconisées par l'équipe MAQ-CMQ de la Délégation Générale pour
l'Armement, au sein des secteurs étatique et industriel de la défense. Elles
sont également préconisées dans la communauté de l'aéronautique civile et de
l'espace . Elles sont en général conformes aux méthodes préconisées par les
armées étrangères (notamment par le Département de la Défense des États-Unis
(DOD) et par l'OTAN). Elles sont applicables en principe en dehors du
secteur de la défense et respectent dans la mesure du possible les concepts
et terminologies normalisés au niveau international (ISO) ou national
(AFNOR).
Afin de rendre le plus clair possible un texte nécessairement dense compte
tenu du souci de concision, il a été pris pour règle d'illustrer chaque page
de texte (page de droite) par une planche (page de gauche). La concision
recherchée n'a pas permis le développement d'exemples concrets illustrant
tel ou tel concept. L'ouvrage n'a donc pas de caractère didactique et tout
programme de formation basé sur le présent ouvrage nécessite l'apport
d'exemples concrets pris dans la "culture" de la population à former.
La présentation des méthodes est volontairement succincte et une
connaissance plus précise nécessite de consulter des documents spécialisés.
Il n'a pas été mentionné de références bibliographiques pour éviter
d'alourdir le texte et pour en garder le caractère général .
Afin d'éviter des répétitions, pour certains concepts abordés à plusieurs
endroits dans l'ouvrage, il est précisé par des renvois les paragraphes de
l'ouvrage où ces concepts sont présentés de façon plus détaillée. Pour les
concepts principaux, il est indiqué en nota, en bas de page, le terme
utilisé par les anglo-saxons pour désigner le même concept.
Après avoir introduit les 7 ASPECTS correspondant aux 7 domaines de
complexité d'un programme au chapitre I (PROCESSUS, PRODUIT, RÉSEAU,
PERFOR-MANCES, COÛT, DÉLAI, COHÉRENCE GLOBALE) il est présenté dans les
chapitres II à VII les diverses méthodes relatives aux 6 premiers ASPECTS.
Les méthodes relatives au 7ème ASPECT font l'objet des chapitres VIII à X et
le chapitre XI porte sur certaines remarques générales sur la normalisation
dans les programmes, sur les spécificités des programmes de logiciel, sur
les outils XAO et sur les outils de management de programme. Un lexique est
joint en annexe pour préciser le paragraphe où un concept est présenté de la
façon la plus détaillée.