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Les avions de transport modernes
& futurs 1997 Avant-propos Ainsi, l'aviation et l'aéronautique connaissent un essor prodigieux. Aérodynamiciens, informaticiens et ingénieurs de toutes spécialités, font progresser la recherche et les essais en mettant en uvre les connaissances et les réalisations les plus avancées. L'électronique et l'informatique en particulier ont permis et permettront encore des progrès sensibles dans de nombreux domaines : aérodynamique, commandes de vol, régulation des réacteurs, navigation aérienne, structure et fabrication de la cellule et des propulseurs ... Pour la majeure partie d'entre nous cependant,
les notions de base sur le vol des avions et les raisons essentielles de leur architecture
générale demeurent ignorées ou presque. C'est pourquoi, il nous a paru utile de réunir
cet ensemble de connaissances sur les avions de transport modernes et futurs. À ce titre, il devrait être utile à tous ceux
qui souhaitent actualiser leurs connaissances et il devrait aussi permettre aux
ingénieurs et techniciens de l'industrie aéronautique de toutes spécialités,
d'approcher aisément celles qui ne relèvent pas de leur compétence directe. Ce livre est divisé en
quatre chapitres. d'acquérir, si besoin est, les connaissances nécessaires à une bonne compréhension des chapitres suivants et de se familiariser avec le vocabulaire aéronautique, de tirer le meilleur profit de la lecture de cet ouvrage à caractère didactique dont l'argumentation s'appuie sur de nombreux exemples concrets (du fait de la grande interdépendance des phénomènes en aviation, leur explication a nécessité quelques répétitions). w Le deuxième décrit l'architecture et le comportement des avions de transport en prenant comme exemple l'Airbus européen, puis l'avion franco-britannique Concorde, seul avion de transport supersonique en service commercial depuis janvier 1976. w Le troisième s'intéresse aux progrès aérodynamiques et technologiques qui conduisent à des avions de plus en plus économiques et confortables et aussi plus performants et sûrs dans leurs utilisations, dans le respect sans cesse accru de l'environnement. w Enfin, dans le quatrième, quelques perspectives d'avenir (concernant l'aérodynamique, la propulsion, l'avionique, et les matériaux) sont examinées, et l'évolution de l'aviation de transport est envisagée, selon que l'on privilégie l'économie d'exploitation, la vitesse, ou la facilité d'utilisation. Cet ouvrage a été actualisé jusqu'à la fin de l'année 1996. Les divers sujets qui y sont abordés et qui s'enchaînent les uns aux autres réclament une lecture progressive ; elle est grandement facilitée par les nombreux dessins et photos qui illustrent, aussi souvent que nécessaire, notre propos. Pour mener à bien l'entreprise de rédaction de ce document, nous avons sollicité le concours des différents milieux aéronautiques : centres d'essais et bureaux d'études, avionneurs, motoristes, équipementiers, ainsi que celui de certains utilisateurs. Ces concours nous ont été largement consentis. Nous avons pu ainsi enrichir notre texte de nombreux exemples concrets empruntés à des avions comme les Airbus, les Falcon et Concorde, sans oublier de très nombreux avions étrangers. La plupart de ces avions peuvent d'ailleurs être visités au Musée de l'Air et de l'Espace (à l'Aéroport du Bourget). Il nous semble que l'intérêt suscité par un tel ouvrage devrait être très vif, car l'avion est bien une des réalisations les plus remarquables de l'homme. Il s'ouvre sur les technologies avancées et joue lui même un rôle de "pionnier" dans de nombreux domaines. André Peyrat-Armandy L'évolution de la science aéronautique s'accélère en cette fin de 20ème siècle grâce à l'électronique numérique et à l'informatique. L'ordinateur est un puissant "outil" à la disposition des concepteurs pour trouver le meilleur compromis entre plusieurs solutions et s'assurer de leur compatibilité, puis, par traitement itératif, en tirer un effet synergique maximum. Il permet de concevoir une architecture et un dessin du projet défini par les "décideurs", de modéliser la structure et, de plus, de préparer les ordres à donner aux machines numériques de fabrication, grâce à l'énorme banque de données du constructeur, dépositaire des connaissances, de l'expérience et du savoir-faire de ses ingénieurs et techniciens. L'informatique permet ainsi de réduire les délais de conception, de fabrication et de diminuer le coût de production. Il est également possible de modéliser les écoulements autour d'un avion et d'en rechercher la meilleure forme pour optimiser les performances aérodynamiques et opérationnelles. Il est cependant indispensable de vérifier et valider d'abord en soufflerie, puis au cours des essais en vol, les caractéristiques de l'avion réalisé, ce qui permet d'enrichir en retour la banque de données. Les ordinateurs (leurs logiciels) "pilotent" aussi maintenant la quasi-totalité des systèmes de l'avion pour maintenir leur fonctionnement dans des limites précises déterminées au cours des essais au sol et en vol ; ils contrôlent également leur bon état de marche (détection et localisation des pannes). En vol, ils assistent ou suppléent le pilote dont les délais physiologiques de réaction peuvent être parfois trop longs. La tendance est de concevoir l'avion de transport futur comme un système automatique intégré dans un système plus vaste, le Système de Transport Aérien qui prend en compte la totalité de son environnement pour maximaliser la sécurité des vols, surveiller son bon état de marche et améliorer ses performances et le confort des passagers. Le pilote reste toutefois responsable de la mise
en uvre et de la gestion de cette machine complexe ; il est toujours
indispensable pour faire face à toute situation critique. Ceci impose une collaboration
étroite entre l'homme et les automatismes et une saisie parfaite de toutes les
informations nécessaires au bon déroulement de la mission. L'augmentation considérable du trafic passagers
qui a décuplé de 1960 (106 millions de passagers) à 1987
(1 040 millions) résulte essentiellement d'un saut technologique
majeur : l'introduction de la propulsion à réaction, suivie du développement des
réacteurs à double flux, ayant permis une réduction des coûts d'exploitation et des
durées de vol. Sur le plan historique, rappelons que le
13 janvier 1908 Henri Farman, aux commandes d'un biplan Voisin, exécutait à
Issy-les-Moulineaux, le premier kilomètre en circuit fermé réussi en Europe et quatre
décennies plus tard, le 27 juillet 1949, un avion civil à réaction, l'avion
britannique de Havilland Comet, effectuait son premier vol. Il fallut attendre le 26 août 1959 pour qu'un Boeing 707-320, puis en septembre 1959, un DC 8, franchissent, sans escale, l'Atlantique Nord. Les JETS réduisaient presque de moitié la durée des vols transatlantiques : huit heures en moyenne dans le sens ParisNew-York au lieu de quatorze pour les avions les plus rapides à cette époque (530-540 km/h) : Lockheed Superstarliner et Douglas DC-7 C, tout en étant plus confortables (absence de vibrations dues aux hélices et vol à plus haute altitude 10 000 mètres contre 6 000 mètres au-dessus du mauvais temps) ; leur capacité passagers était également augmentée : 180 places en classe économique contre 88 et 110 pour le Superstarliner et le DC-7 C. Concorde effectue ce trajet depuis 1976 en 3 h 30 environ, soit en 2,3 fois moins de temps. C'est cet avènement, en 1959, des JETS
traversant l'Atlantique, sans escale, grâce aux réacteurs double flux, qui
constitue LA PREMIÈRE MUTATION de l'aviation de transport commerciale. Bien que "le mur du son" ait
été maîtrisé sur le plan aérodynamique dans les années 50 également, à part
Concorde, les avions commerciaux volent encore à 900 km/h. LA DEUXIÈME MUTATION des avions de transport civil amorcée avec les premiers vols du Tupolev 144 et de Concorde (le 31 décembre 1968 et le 2 mars 1969) prendra alors un véritable essor grâce au réacteur à cycle variable, aux progrès de l'aérodynamique, aux matériaux nouveaux et aux systèmes automatiques intégrés dans une avionique évoluée, ce dont l'Airbus A 320 nous fournit déjà un exemple depuis l'année 1988, suivi des A 330/340 en 1991/92 et par le Boeing 777 (1994). Après ce court rappel historique de l'évolution
de l'aviation commerciale, la figure ci-après fait la synthèse de la plupart des avions
envisagés à plus ou moins long terme (1995-2020) selon que l'on privilégie : Évolution prévisionnelle de l'aviation commerciale [réf. : 59]. Depuis les années 60 d'importants résultats ont été obtenus dans ces trois domaines. Sur le plan de L'ÉCONOMIE, la consommation spécifique des réacteurs a décru en vingt ans de l'ordre de 30 %. Le potentiel des moteurs (durée de fonctionnement avant dépose pour entretien en atelier) a considérablement augmenté ainsi que celui des équipements. Actuellement (1996), la disponibilité globale des avions est couramment supérieur à 98 % et même sur cetains avions à 99 %. La fréquence d'arrêt en vol des réacteurs approche 0,01 pour mille heures de vol. Simultanément, leur poussée ne faisant que croître, la capacité des avions et leur altitude de vol ont pu être augmentées. Tous ces progrès ont permis de diminuer le coût
d'exploitation qui se répartissait en 1987 sur un Airbus entre 40 % pour
l'amortissement d'achat et l'assurance de l'appareil, environ 24 % pour le
carburant , 21 % pour les frais du personnel navigant et 15 % pour les
frais de maintenance [réf. : 59]. L'écoulement sera naturellement laminaire sur toute l'envergure de la voilure, jusqu'à plus de 50 % des cordes des profils. Les premiers seront peut-être propulsés par des propfans (augmentation de la vitesse grâce aux hélices transsoniques) et les seconds par des réacteurs double flux types Superfan, Contrafan ou Crisp, si ces nouveaux moteurs tiennent leurs promesses, d'où une augmentation du rayon d'action du fait d'une consommation spécifique plus faible, et des gains sur la finesse et la masse de la structure. De même, des progrès seront réalisés sur les long-courriers avec des réacteurs à très grand taux de dilution pour augmenter leur rayon d'action (jusqu'à 15 000 km et plus), améliorer le confort des passagers (avec parfois des sièges couchettes), et diminuer le coût de la maintenance. L'accroissement continu du trafic aérien conduira aussi à augmenter la capacité des avions, jusqu'à 600 passagers et plus au début des années 2000. Enfin, des avions de transport de fret géants, par exemple type aile volante à propulsion intégrée, apparaîtront peut-être également à cette époque pour satisfaire un marché civil (transport de conteneurs "intermodaux" utilisés sur route, rail et navires) et des besoins urgents d'interventions humanitaires ou militaires. Pour ce qui est de la VITESSE, Concorde
fait la preuve, depuis sa mise en service le 21 janvier 1976, et sans incident
majeur, que les vols transatlantiques commerciaux à Mach 2 sont possibles. Mais son
rayon d'action est limité à 6 200 km et sa capacité de passagers à 100, du
fait de son niveau technologique datant des années 60. En ce qui concerne la FACILITÉ D'UTILISATION des
moyens aériens, l'amélioration des liaisons entre les centres des villes à moyenne
distance, non reliés par des transport terrestres rapides comme les trains à grande
vitesse (TGV), commence à faire l'objet de réalisations concrètes. Citons la création
en 1987, à 9 km du centre de Londres, d'un aérodrome (London City Airport) avec une
piste courte utilisable par des avions STOL (comme le quadriturbopropulseur Dash 7 de
de Havilland of Canada). Les technologies modernes permettent maintenant d'envisager le développement de convertibles ayant de hautes performances et d'excellentes qualités de vol. Cependant l'utilisation d'appareils à décollage/atterrissage vertical (hélicoptères classiques et convertibles) pour le transport régulier de passagers nécessitera la mise en place de procédures opérationnelles adaptées et la définition d'un système de contrôle de la circulation aérienne spécifique pour le vol aux instruments de ces appareils. Ils pourraient ainsi être utilisés dans de bonnes conditions de sécurité, d'environnement et de rentabilité économique. L'amélioration de la gestion de la circulation aérienne ainsi que celle des capacités aéroportuaires deviennent d'ores et déjà indispensables pour écouler dans de bonnes conditions le trafic en constante progression et diminuer les attentes en vol et au sol. Les progrès dans les domaines de la navigation,
des communications et du contrôle du trafic aérien, grâce à la technologie
satellitaire et aux nouvelles techniques informatiques, devraient permettre de faire face
à ces problèmes. En effet, ils contribueront à l'amélioration de la régularité et de
la sécurité des vols et ils autoriseront une plus grande densité des avions sur les
routes aériennes et une meilleure gestion des avions par les aéroports, notamment en
zone terminale. Il devrait être suivi d'un deuxième bond technologique, celui-ci sur le plan de la vitesse, avec la mise en service probable, dans les années 2010-2020, d'une flotte assez importante d'avions de transport supersoniques de deuxième génération assurant de nombreuses lignes transocéaniques et transcontinentales. Ainsi, si l'on se souvient que les premières
lignes commerciales, ParisLondres et ParisBruxelles, sur avion biplan,
ont été ouvertes en février 1919, on mesure l'immense progrès qui sera accompli, en
seulement un siècle, par l'aviation de transport. Voies d'accès ferroviaires à l'aéroport Roissy-Charles-De-Gaulle (TGV et RER) et système de transport inter-aérogares (dessin Aéroports de Paris). En ce qui concerne l'environnement, AÉroports de Paris a depuis longtemps pris des mesures pour atténuer les nuisances et gérer au mieux les risques de pollution. Plan d'exposition au bruit, aide aux riverains, stations de mesures automatiques pour vérifier la qualité de l'air, de l'eau et le niveau sonore, intervention rapide des services du laboratoire, telles sont quelques-unes des mesures pratiques mises en place.Par ailleurs, les trajectoires d'atterrissage et de décollage sont strictement réglementées pour éviter le survol des zones les plus habitées. AÉroport de Paris fait également un effort permanent d'information auprès de ses riverains à l'aide, principalement, d'un magazine trimestriel. Arrêtons là notre approche de l'aviation du
futur. Nous espérons que les connaissances acquises à
la lecture de ce livre vous permettront de tirer le meilleur profit des informations et
des ouvrages qui ne manqueront pas de paraître sur ce sujet. Ainsi, serions-nous comblés si ce livre suscitait ou confortait des vocations parmi les jeunes qui demain participeront à cette évolution de l'aviation pour réaliser le vieux rêve de l'homme qui, tel Icare, aspire à ALLER TOUJOURS PLUS LOIN, PLUS VITE ET PLUS HAUT. Remerciements Je leur dis, à tous, sans les citer car ils sont trop nombreux, ma profonde gratitude. C'est ainsi que je remercie la Direction de l'ONERA qui m'a fourni de nombreuses photographies d'écoulements et celle de la NASA qui m'a communiqué maints renseignements, dessins et photos, les Directions d'Airbus Industrie, d'Aerospatiale, de Dassault Aviation, d'Eurocopter France, de la SNECMA, de Turboméca, d'Hispano-Suiza, de Sextant Avionique, de SAGEM SA, de Thomson-CSF et SGS-Thomson-Microelectronics, etc., d'Air France et d'Air France Europe (anciennement Air Inter), d'Eurocontrol et aussi de l'hebdomadaire Air et Cosmos/Aviation International, sans oublier celles de plusieurs constructeurs étrangers, notamment Antonov, Boeing, British Aerospace, Daimler-Benz Aerospace (Airbus et MBB), Douglas, Ilyouchine, Lockheed, Tupolev, etc, ainsi que les motoristes General Electric, Daimler-Benz Aerospace (MTU), Pratt & Whitney, Rolls-Royce ; je dois, à toutes ces directions, des informations, dessins et photographies caractéristiques. Je dois de plus signaler le concours qui m'a été particulièrement précieux des différents responsables techniques anciens et actuels des sociétés et organismes cités ci-dessus, qui se sont assurés que leur spécialité était traitée de façon fidèle. Aeroformation, maintenant Airbus Training, m'a aussi aidé de ses conseils éclairés, spécialement son directeur M. Jean Pinet (Pilote d'Essais, ancien Président de l'Académie Nationale de l'Air et de l'Espace). Je dois également mentionner le concours qui m'a été très utile de Monsieur Philippe Poisson-Quinton (ancien Président de l'Académie Nationale de l'Air et de l'Espace, Haut Conseiller honoraire de l'Office National d'Études et de Recherches Aérospatiales, l'ONERA) qui m'a communiqué de nombreuses planches et a examiné plusieurs passages de cet ouvrage. Enfin, j'exprime ma reconnaissance à Monsieur Jean-Claude Wanner (Ingénieur Navigant d'Essais et Ingénieur Général de l'Armement, membre fondateur de l'Académie Nationale de l'Air et de l'Espace), et à son épouse, également ingénieur, qui m'ont apporté, durant plusieurs années, leur aide éminente et m'ont soutenu de leurs encouragements. Sans leur bienveillante collaboration, ce livre n'aurait certainement pu être mené à bien, du moins dans sa forme actuelle. L'éditeur et le dessinateur méritent aussi mes sincères remerciements pour la mise au point finale de cet ouvrage. André Peyrat-Armandy Présentation Sommaire L'auteur
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